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CONCEPT DE BISEXUALITE
 

La naissance d'un concept

 
C'est en 1886 que paraît l'ouvrage Psychopathia sexualis de Krafft-Ebing, consacré à la sexualité et qui fait de lui le véritable pionnier de la sexologie. 
Nommé professeur extraordinaire de psychiatrie à la Reichsuniversität de Strasbourg en 1872 après l'annexion de l'Alsace par l'Allemagne, il occupe ensuite, en 1873, une chaire l'université de Graz en Autriche, puis est promu titulaire d'une chaire de psychiatrie en 1888 à l'université de Vienne. Il va professer des idées révolutionnaires sur la sexualité à une époque où l'on voulait ignorer que nombre d'homosexuels étaient en fait des bisexuels mariés. Cependant il distingue radicalement l'homosexulaité de la bisexualité. Celle-ci peux s'exprimer dans l'homosexualité mais aussi dans ce qu'il appelle l'"hermaphrodisme psychique" qui consiste en un désir compulsif d'appartenance à l'autre sexe. C'est la définition qu'on donnerait aujourd'hui du transsexualisme dont Krafft-Ebing a décrit, dans Psychopathia sexualis des exemples tout à fait caractéristiques.
Pour Krafft-Ebing la bisexualité, pas plus que l'homosexualité, n'étaient les etats morbides, les affections nerveuses entachées d'immortalité que décrivaient Gley et les médecins du XIX siècle, mais des variantes sexuelles parfaitement compatibles avec la santé psychique. Krafft-Ebing se détache donc des préjugés moraux de sa génération.
Par contre, et surtout, une intuition remarquable naît dans l'esprit du psychiatre : il existerait deux centres nerveux, l'un mâle, l'autre femelle, dans le cerveau des individus des deux sexes. Ces centres se développeraient au moment de la puberté, sous l'influence des glandes génitales, dont ils seraient indépendant au moins à l'origine. Ainsi formulé, ce concept, qui n'était fondé sur aucune donée anatomique ou psychologique, est réelement prémonitoire lorsqu'on voit s'accumuler en cete fin du XX sciècle les preuvents d'une bisexualité cérébrales aussi bien chez les Drosophile ou les Lézard que chez le Rat. Avant lui, en 1884, Gley avaitfait appel à un état de bisexualité pour expliquer l'inversion dans un article sur "l'aberration de l'instinct sexuel" paru dans la Revue philosophique. Rapidement d'ailleur, le concept de bisexualité allait pêtre intégré dans la réflexion psychanalytique et psychiatrique sur la sexualité.
 

Freud et le concept de Bisexualité

 
Peu après la parution de Psychopathia sexualis, Sigmund Freud créait en 1893, avec Breuer, la méthode psychanalytique. Il avait acquis une formation de biologiste dans le laboratoire de physiologie de Ernst Brücke à Vienne. Il n'est donc pas étonnant qu'il soit constamment préoccupé, dans les éditions successives de ses trois essais sur une théorie de la sexualité, des aspects biologiques de la bisexualité, depuis leur parutions en 1905 jusqu'en 1920.
Au départ, le concept de la bisexualité n'a représenté pour Freud qu'un élément de réflexion biologique sur les mécanismes de ce qu'il appelait l'inversion sexuelle. Définissant l'inversion, il en distingue 3 types : l'un absolu, le second amphigène et le troisième circonstanciel. Le premier concerne les individus dont la sexualité ne vise que des congénères de même sexe. Le second constitue un "hermaphrodisme psychosexuel", mais contrairement à ce que pensait Krafft-Ebing de l'"hermaphrodisme psychique", il se manifeste, selon Freud, chez des sujets pour qui la sexualité peux avoir indifféremment pour objet l'un ou l'autre sexe. Il s'agit en fait de ce que nous appelons aujourd'hui "la bisexualité". Le dernier, occasionnel, est celui qui relève de l'absence d'un objet sexuel normal dans des situations d'isolement telles que les pensionnats, les prisons, les bagnes ou les couvents. Freud rejete donc le caractère obligatoire congénital que certains avaient jusqu'alors attribué à l'homosexualité.
Le biologiste qu'était Freud se souvient alors de la bisexulaité originelle des ébauches gonadiques et aussi de la coexistance, dans l'hermaphrodisme, même si celui-ci est exceptionnel chez l'Homme, des glandes génitales des deux sexes. Cela le conduit à s'interroger sur la façon dont on peut concevoir l'intervention de la bisexualité dans la genèse de l'inversion sexuelle. Il note cependant que l'on n'a pas observé de coïncidence régulière entre des signes à la fois anatomiques et psychiques d'hermaphrodisme et l'inversion sexuelle. L'hermaphrodisme somatique et l'hermaphrodisme psychique seraient donc des choses indépendantes. Comme l'avait déjà imaginé Magnus Hirschfeld en 1889, il suppose que chaque femme porte en elle des germes masculins et chaque homme des germes féminins. Pourtant, il ne pense pas que l'hermaphrodisme psychique puisse à lui seul expliquer l'inversion sexuelle parce que celle-ci devrait alors s'assortir des qualités psychiques et des traits de caractères de l'autre sexe, ce qui n'est pas toujours le cas. Certes, les hommes éfféminés et les femmes viriles existent mais l'amour des garçons dans la Grèce antique témoigne de la compatibilité des caractères de virilité avec l'inversion .
Toujours préoccupé par les aspects biologiques de la bisexualité au cous des éditions successices des trois essais, Freud rappelle en 1910 que son ami Wilhelm Fliess avait revendiqué en 1906 la paternité de l'idée de bisexualité en tant qu'applicable à tous les individus. C'était là d'ailleurs la pensée de Krafft-Ebing et l'adhésion à un rejet de tout soupçon de morbidité à l'égard aussi bien de la bisexualité que de l'homosexualité. En 1915, Freud confirme ce refus de la psychanalyse de séparer les homosexuels des autres individus. Il considère que le choix de l'objet indépendamment de son sexe, et l'égal attachement à des objets masculins ou féminins, est un caractère primitif de l'enfance chez l'Homme; que seules des limitations dans un sens ou dans l'autre font que cet état se déceloppe en sexualité normale ou en inversion. L'intérêt sexuel exclusif d'un sexe pour l'autre n'est pas une chose évidente qui se traduirait en termes d'attirance chimique. N'est ce pas déjà là le langage des sciences comportementales modernes introduisant la notion d'inné et d'acquins dans l'interprétation des conduites sexuelles ?

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